Voilà, c’est la fin de la pause aoûtienne… Ce moment où je m’accorde ce ralentissement du rythme qui paradoxalement agite les neurones. Entre sessions de surf et sessions de guitare, quelques lectures, un peu d’inspiration et quelques expérimentations…
Grand écart thématique et BIM, l’inspiration !
D’abord des lectures sur le web et les réseaux, qui ont suscité quelques réflexions que j’ai partagées sur le réseau qui a ouvert la chasse au slop IA… Entre le filigrane de Claude sur les contenus IA et une tangente sur les recommandations en cas d’éclipse solaire, le grand écart est garanti et totalement assumé.
Puis des lectures dans de vrais bouquins papier, pour un double grand écart thématique quand j’ai relu la série des 3 petits livres autour de la créativité par Austin Kleon – Steal Like An Artist, Show Your Work & Keep Going – relectures qui ont naturellement prompté (sic) mon cerveau bien organique à lancer une expérimentation simili-R&D avec quelques vieux magazines + un cutter + un tube de colle + un marqueur.
Je pensais découper des magazines. Puis j’ai commencé à détourner leurs pages. Et là, l’expérimentation R&D a subtilement dérapé… Les pages détournées ont commencé à se répondre.





Et sans vraiment l’avoir prévu, je me suis retrouvé avec les fragments d’un magazine… Un magazine imaginaire peut-être de lifestyle ou de santé/psycho ? Allez savoir…
Mais peu importe car la rédac’ (a.k.a. S/em) a manifestement perdu le contrôle éditorial en cours de route. Une perte de contrôle en plusieurs étapes qui m’a paru étrangement familière et que je m’en vais vous narrer parce que je pense que vous pouvez y trouver quelque chose d’utile à essayer…
Quand découper des magazines revient à fabriquer un dispositif narratif : les étapes d’une perte de contrôle éditorial !
La première étape était essentiellement une opération de montage intra- et inter-pages à partir d’un ensemble de gestes communs :
- Collage associatif avec une logique de rapprochement incongru des images, des mots et des fragments prélevés ici et là.
- Soustraction/caviardage qui fabrique du silence pour rendre le discours dysfonctionnel mais pas forcément dénué de sens.
- Détournement sémantique qui consiste à prendre au sérieux la logique d’un discours juste assez longtemps pour pouvoir la pousser de travers.
À cet endroit, l’intervention se fait dans le système d’une ou plusieurs pages de magazines. Le détournement final dépend fortement des pages sources et de l’œil (ou de la main) de l’expérimentateur.
La seconde étape a été une opération de montage entre mes propres détournements. Là où la première étape dépendait de la sérendipité des pages originales, la seconde étape est une étape de composition.
Avant de commencer cette composition, je ne savais pas où ça me conduirait. Puis tout s’est imbriqué pour laisser émerger la vision des pages éditoriales d’un magazine qui n’existe pas…
Et qui n’existera jamais, rassurez-vous !
C’est aussi pour cela que j’ai volontairement arrêté le résultat dans cet entre-deux : assez fini pour être regardé comme une composition, assez bricolé pour qu’on puisse encore voir comment elle a été fabriquée.
Et c’est ça qui m’intéressait le plus…





S/em décline toute responsabilité si vous décidez quand même des les suivre !
Je disais précédemment que tout ceci m’avait paru étrangement familier… C’est qu’il y a là un processus que j’aime beaucoup et c’est loin d’être étonnant parce qu’il ressemble beaucoup à ma manière habituelle de travailler. Pour le dire autrement, j’ai spontanément reproduit des mécanismes qui existent ailleurs chez S/em, à savoir :
- Prélever
- Soustraire
- Associer
- Détourner
- Faire dérailler un système existant jusqu’à ce qu’un autre sens apparaisse.
Ce qui s’est passé, une fois que de l’ordre a été mis dans le chaos…
Évidemment, rien de tout ça ne s’est déroulé aussi proprement. Mais en regardant le processus a posteriori, je peux tout de même distinguer six étapes. Et elles ressemblent étrangement à une manière de travailler que j’utilise beaucoup ailleurs.
1. Collecte sans objectif parfaitement défini.
Lire, découper, accumuler. Dans une activité professionnelle, ce peut être des notes, observations, captures, idées, morceaux de projets, de process ou conversations…
2. Laisser jouer la sérendipité.
À force d’accumuler, des rapprochements apparaissent, certains fragments commencent à se répondre. Pas besoin de leur imposer immédiatement une destination.
3. Détournement optionnel.
Dans mon expérimentation, j’ai fait dérailler les significations originales. Cette étape peut parfaitement être sautée… sauf si vous aimez, vous aussi, les expérimentations. Je ne cherchais pas nécessairement à produire quelque chose de cohérent ; dans un contexte professionnel, c’est souvent davantage le cas. Le détournement est donc facultatif… même si j’ai un faible pour l’exercice.
4. Détection de motifs.
Certains fragments appartiennent au même univers. une même activité produit généralement des fragments appartenant à un univers commun, mais certaines pièces fonctionnent mieux ensemble que d’autres. Elles forment un ensemble cohérent parfois évident, parfois non…
Et lorsque cet ensemble n’est pas évident, c’est justement là que la recherche devient intéressante.
5. Systémisation.
Regrouper, recomposer, éliminer certaines pièces qui pourront peut-être servir plus tard ou pas. Ce qui ressemble aujourd’hui à un déchet créatif peut très bien devenir recyclable demain.



6. Émergence d’un objet.
Un “magazine lifestyle saboté” est apparu après coup mais la forme émergente aurait tout aussi bien pu être un carrousel (note amusante : c’est justement en train de devenir un carrousel pour Instagram et Linkedin)… ou votre prochaine vidéo, votre prochain article de blog ou votre prochain livre blanc.
Le magazine saboté, lui, se feuillette dans sa version montée sur Instagram ou LinkedIn.
Est-ce transposable à autre chose que des collages ? Je pense que oui.
Le point de départ est assez simple : n’importe quelle activité génère de la matière. Parfois homogène, souvent hétérogène, presque toujours éparpillée. Le lien entre les différents fragments est parfois évident. Très souvent, il ne l’est pas.
L’enjeu n’est alors pas nécessairement de forcer les liens entre eux mais de découvrir ceux qui existent déjà ou ceux qu’on peut faire émerger.
Dans mon expérimentation, j’ai opéré ainsi :
Trouver → Saboter → Remonter → Voir ce que ça raconte.
Dans une version moins expérimentale et plus directement applicable, on pourrait dire :
Prélever → Soustraire → Associer → Recontextualiser.
Une conclusion ouverte…
On cherche souvent à connaître le système avant de commencer mais on peut parfaitement procéder autrement.
Une activité professionnelle, quelle qu’elle soit, produit généralement beaucoup plus de matière qu’on ne le pense. Assez, en tout cas, pour explorer ce qu’elle raconte avant de décider sous quelle forme le raconter.
On peut alors découvrir a posteriori le système qui nous sera utile, plutôt que de toujours essayer de l’imposer a priori.
Plutôt que se dire “Oh, tiens il faut absolument qu’on fasse un carrousel (ou quelque autre dispositif) sur tel projet”, il peut être plus judicieux de partir du projet ou du processus lui-même, de le saucissonner et découvrir quelle forme raconte le mieux ce qu’on vient d’y trouver.
C’est une manière parmi d’autres de procéder. Et son principal avantage, c’est qu’elle ne demande pas grand-chose pour être testée : un peu de matière, un peu de temps… et accepter de ne pas savoir exactement où l’on va.
Cutter, ciseaux et tube de colle sont facultatifs.